A la une Tous les articles Objectif : réduire le nombre de mariages mixtes !
Objectif : réduire le nombre de mariages mixtes ! PDF Imprimer Envoyer
PARIS (© 2011 Afriquinfos) - A droite, on a décidé que l'immigration serait un des thèmes majeurs de la campagne présidentielle française de 2012. Le ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, sur la base d'un rapport de l'Inspection Générale de l'Administration qui établit une comparaison entre les politiques d'immigration légales de la France, de la Grande-Bretagne et de l'Allemagne, se prépare à durcir les conditions du mariage entre Français et étrangers. (Par Gina Bidjan)

Objectif : réduire le nombre de mariages mixtes !

On estime à environ 85 000 par an le nombre de mariages entre Français et étrangers,  60% de ces unions se faisant hors de France. Avant 2006, l'Etat délivrait au conjoint étranger une carte de séjour de dix ans permettant au récipiendaire de vivre et travailler en France dans l'attente, si tel était son choix, d'obtenir la nationalité française. Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur en 2006, fait voter une loi qui complique les procédures d'immigration. En rendant, notamment, plus difficile le regroupement familial : le délai de séjour régulier de l'étranger en France passe d’un an à dix-huit mois avec des conditions de ressources et logement revues à la hausse, et en portant de deux à quatre ans le délai d’attente pour acquérir la nationalité française après mariage, avec une obligation de trois ans de résidence régulière et ininterrompue du conjoint étranger en France.

 

Se marier n'est pas une sinécure pour ces couples mixtes selon que le futur conjoint possède ou non une carte de séjour. Muni de cette carte, un dépôt de demande de mariage se fait en mairie. En cas de doute, le maire peut se tourner vers le procureur de la République qui diligentera une enquête de police afin d’établir la réalité d'une relation amoureuse. Il faut savoir aussi que pendant les quatre années suivant le mariage une investigation similaire peut être menée pour vérifier la réalité de la vie en commun.

 

Si on n'a pas ou plus de titre de séjour valable, c'est bien plus compliqué et c'est sans doute pourquoi la plupart des mariages mixtes s'effectuent à l'étranger. Le « sans-papier » en France risque à tout moment l'expulsion et si, par un heureux hasard, il réussit à se marier, sa situation n'est pas pour autant régularisée. Il doit déposer une demande de visa long séjour en préfecture, ou bien, il peut choisir de retourner dans son pays et demander au consulat de France sur place un visa « spécial conjoint » de Français. Cela peut traîner un ou deux ans et il faut, malgré tout, conserver toutes les traces de vie commune. Se marier dans le pays de l'étranger ne raccourcit pas le délai d'obtention d'un visa, mais la pression est moins forte.

Pourquoi stigmatiser ces unions en évoquant des mariages blancs ou « gris » (lorsque le conjoint français est victime d'une escroquerie amoureuse) ? Bien que très rares - seulement 345 mariages ont été annulés en 2009 pour cette raison, soit à peine 0,5% des unions mixtes – ceux qui sont présumés coupables de mariages blancs ou « gris » sont passibles de 5 à 10 ans de prison assortis d'une amende de 15 000 à 30 000 euros. A peu près 50 000 étrangers obtiennent chaque année, après leur alliance, le droit de travailler en France et c'est la première source d'immigration légale dans le pays. Sans doute est-ce pour cela que le parti au pouvoir en France s'apprête à prendre des dispositions qui limiteraient ces mariages.

Paradoxalement, la France arrive en tête des pays européens pour le nombre de mariages mixtes et les sociologues constatent que c'est un formidable facteur d’intégration. A  Claude Guéant, qui, après les unions mixtes, entament une croisade contre les demandeurs d’asile, on pourrait donc opposer ce vieux proverbe africain : «Si tu n'aimes pas les étrangers, marie-toi avec ta sœur.»