Mai 302016
 
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Envie d’ajouter mon témoignage sur la situation des étrangers en situation irrégulière à Marseille. Mon ami est Malien. Entré en France de manière illégale, nous nous sommes rencontrés grâce à un ami commun. Nous sommes très amoureux, nous ne sommes plus des enfants et nous souhaitions nous marier. La mairie de Marseille, voyant que son passeport n’avait pas de visa, nous a directement annoncé et à deux reprises que le procureur serait immédiatement saisi dès que nous ramènerions le dossier complet, sans même un quelconque interrogatoire! L’agent nous a également demandé la photocopie de toutes les pages du passeport (je ne sais pas si cela est normal ou pas).

Nous avons continué les démarches et étions dans l’attente de son acte de naissance lorsqu’il s’est fait interpeller par la police aux frontières en sortant de la mosquée le vendredi 29 avril dernier. Il est actuellement retenu au Centre de Rétention Administrative (CRA) de Marseille. Le Préfet et le Juge des libertés lors de son audience lui ont demandé de s’expliquer sur notre relation. Lui, ayant du mal à s’exprimer, a été compris à l’envers de ce qu’il souhaitait dire, et a provoqué fous rires et moqueries de la part des représentants des institutions françaises ! Il n’a même pas pu s’expliquer correctement ! Pour ma part je trouve ça honteux !

En ce qui nous concerne, si jamais il était reconduit à la frontière, je partirais au Mali le rejoindre et l’épouser, même si cela demande des moyens importants que je n’ai pas ! Mais au-delà de notre cas je souhaite vivement me battre et agir à vos côtés pour aider d’autres couples dans notre situation et face à des agents de l’Etat qui feraient un peu trop de zèle !

Le 19 mai comme tous les matins depuis le 29 avril, je me suis rendue au CRA à 8h (pour ouverture des portes à 10h ou 10h15 alors que l’ouverture officielle est à 9h30 !). Ce jour-là, les services de police avaient décidé qu’il n’y aurait pas de visite le matin. Comme je patientais déjà depuis presque 2h j’ai décidé de rester devant et j’ai attendu une personne de Forum Réfugiés pour au moins obtenir une raison car il me semblait que la police ne respectait pas les droits de mon compagnon en nous refusant le parloir. Avec Forum Réfugiés nous avons fait une action devant le Juge des libertés le jour même, qui a rendu une décision de rejet, sans audience. Le lendemain nous avons gagné en appel et il a été libéré !!! Voilà pour la fin de son histoire au CRA. Nous savons bien par contre que ce n’est que le début mais nous sommes prêts à aller jusqu’au bout et à nous battre !

Fév 282014
 
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Pauline*, une jeune femme française, s'est présentée samedi dernier devant un juge, au tribunal administratif. Elle souhaitait dire quelques mots pour soutenir son amoureux, Adamo*, de nationalité ivoirienne. Bien qu'ils vivent ensemble depuis plusieurs années et qu'ils se soient pacsés, Adamo ne parvient pas à obtenir sa régularisation et suite à un contrôle d'identité il avait été placé dans un centre de rétention administrative. Après l'intervention des avocats lors de l'audience, le juge a laissé Pauline prendre la parole :

 

Madame la Présidente,

 

Avant que vous rendiez votre décision concernant le recours de mon partenaire contre l’OQTF qui lui a été délivrée, je vous adresse ces quelques mots qui j’espère pourront peser dans votre décision finale.

Adamo et moi nous nous sommes rencontrés pendant l'été 2009 et nous vivons depuis cette date une très belle histoire d’amour que nous essayons de rendre la plus normale possible malgré la situation administrative compliquée d'Adamo sur le territoire français. Début 2011 après un an et demi de relation, nous avons décidé de nous installer ensemble.  Après avoir pris notre temps et pour concrétiser cet amour nous avons décidé de nous pacser en septembre 2011.

Adamo et moi souhaitons poursuivre notre vie le plus normalement possible comme des millions de couple en France. Certes la vie sans titre de séjour en France est très compliquée, si Adamo pouvait être régularisé, il pourrait enfin obtenir un travail ce qui nous permettrait de concrétiser nos projets. Le plus beau de nos projets en ce moment est celui de vouloir construire une famille, en effet devant nos difficultés à concevoir un enfant nous sommes suivis depuis fin 2011 dans un centre de PMA.  Après plusieurs traitements et une opération que j’ai du subir nous n’avons pas pu encore avoir la joie d’accueillir  un enfant au sein de notre foyer mais nous restons bien sûr très optimistes. Mercredi dernier nous avions un nouveau rendez-vous au centre de PMA, Adamo étant au centre de rétention j’ai du me rendre toute seule à ce rendez-vous. La gynécologue m’a prescrit un nouveau traitement que je dois commencer dès maintenant mais vous comprenez bien que si Adamo est expulsé il est impossible pour moi de commencer ce traitement.

Adamo est très apprécié et très bien intégré au sein de ma famille, où nous nous rendons très régulièrement que ce soit pour des vacances ou des repas de famille. Nous nous aimons d’un amour sincère et nous souhaitons simplement vivre notre amour comme tout couple normal.

La France a vu naître notre amour et nous souhaitons plus que tout au monde poursuivre notre histoire d’amour ici. Pour nous l’amour est un sentiment qui ne connaît pas les frontières, qui n’a pas de couleur et qui est universel.

Adamo et moi souhaitons construire une famille, nous souhaitons que nos futurs enfants naissent et grandissent dans un pays qui aura accepté l’amour de leurs parents, dans un pays de droits et surtout solidaire et pour nous ce pays ne peut être que la France. Pour nous, notre seul délit est de vouloir s’aimer et vivre une vie de couple toute simple en France.

Je ne peux pas m’imaginer vivre sans Adamo a mes côtés, mardi soir a été pour moi la 1ère nuit passée sans Adamo à mes côtés dans notre appartement depuis que nous vivons ensemble. Il est très difficile pour moi de rentrer depuis 3 jours chez nous et savoir qu'il ne sera pas encore là.

Adamo est un homme calme toujours là pour m’apaiser et me rassurer quand je doute ou stress. Evidemment comme tout couple nous avons nos moments de disputes mais comme pourrait vous le dire notre famille et nos amis, ça ne dure jamais bien longtemps chez nous, il suffit d’un regard et d’un fou rire et tout repars comme avant.

Vous pouvez imaginer que la situation est très difficile à vivre pour nous comme cela peut l’être pour tout couple qui s’aime et qui ne supporte pas d’être forcé d’être séparé.

Merci Madame la Présidente de m’avoir écouté, c’était juste quelques mots d’une jeune femme qui ne veut pas être séparé de l’homme de sa vie alors que nous avons encore de nombreux projets à construire ensemble et qui veut juste que son amoureux rentre à la maison ce soir et ainsi continuer d’essayer de vivre le plus normalement possible.

 

Adamo a été libéré, il a retouvé sa liberté et Pauline. Tous deux espèrent que le dossier qu'il a déposé à la préfecture aboutira enfin.

 

* les prénoms ont étés modifiés