Oct 192015
 
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De l’autre côte de la frontière, les couples binationaux ne sont pas épargnés par les politiques migratoire et la suspicion… depuis plusieurs mois, la mobilisation s’organise !

Rendez-vous le mercredi 21 octobre à 18h30 à la Maison de la Paix (rue Van Elewijck 35, 1050 Ixelles) pour une projection-débat sur le thème des couples belgo-étrangers.

Aimer n’est pas un délit…

sauf pour les étrangers sans-papiers

 

« [On] considère souvent […] [les] étrangers [non européens], comme [des non-citoyens] se situant en dehors du champ d’application des droits qui vont de soi pour la plupart d’entre nous » (A. Bayefsky)
Guidé par la volonté de lutter contre les mariages et les cohabitations de complaisance, à coup de réformes le législateur a placé certains couples belgo-étrangers dans une situation insupportable.

Si le droit de se marier et de fonder une famille est reconnu dans la Convention européenne des droits de l’homme, la pratique démontre que les étrangers sans-papiers voulant créer une communauté de vie font face à un nombre incalculable d’obstacles dressés par l’Office des étrangers, les communes et les zones de police.
Convaincue que les personnes sans-papiers sont obsédées par l’obtention d’un titre de séjour et qu’elles sont prêtes à tout pour y arriver, l’administration alimente un climat de suspicion menant à des dérives.

Certes les cas de mariages ou de cohabitations de complaisances existent, mais la situation s’est dégradée à un tel point que tout mariage dans lequel est impliqué un étranger sans-papier fait l’objet d’enquêtes interminables, de contrôles intempestifs et tatillons, de violations de domicile et de vie privée.

Malgré ces obstacles, certaines personnes ont fait le choix de rester aux côtés de leurs partenaires sans-papiers… jusqu’à ce que l’administration les sépare : d’abord, en plaçant  le partenaire dans un centre fermé, sorte de prison déguisée pour les étrangers, alors qu’il n’a commis aucun délit ; puis en l’expulsant , empêchant toute communauté de vie. Tout cela pour avoir voulu officialiser un amour….

La CRER et le MRAX vous invitent à un ciné-débat sur cette thématique le mercredi 21 octobre à 18h30 à la Maison de la Paix (rue Van Elewijck 35, 1050 Ixelles).

Projection d’un documentaire sur le mouvement français “Les amoureux au ban public” suivie d’une table ronde avec: Laura Odasso (chercheuse à l’ULB et militante), Julien Hardy (avocat), Mathieu Beys (juriste, auteur du livre Quels droits face à la police?) et des témoignages de couples.

En collaboration avec le SCI – Projets Internationaux

Contact: amoureuxvospapiers@gmail.com
L’événement sur Facebook.

 

Août 142015
 
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Les Amoureux au ban public ont eu à plusieurs reprises l’occasion de relayer les témoignages de couples belgo-étrangers sur leur site. De l’autre côté de la frontière, les amours binationales n’échappent pas non plus aux difficultés administratives…

Aujourd’hui, nous relayons le billet de Léa Lemaire (Blog Médiapart) qui raconte la tentative de mobilisation de couples séparés par le placement en centre fermé des conjoints en situation irrégulière.

Manifester contre les centres fermés en Belgique : une action politique impossible ?

07 août 2015 | Par Léa Lemaire
Le 9 juillet 2015, la Coordination contre les Rafles et les Expulsions et pour la Régularisation (CRER), annonce une mobilisation inédite : une manifestation de femmes devant le 127 bis, un centre fermé à proximité de Bruxelles. Ces femmes revendiquent la libération de leurs conjoints, placés en détention en vue de leur rapatriement. Après avoir été annoncée, l’action est annulée puis reportée. Le 12 juillet, une poignée de femmes se retrouve devant le 127 bis, accompagnée par quelques militants. Ils sont rapidement dispersés par la police. Les aléas rencontrés par cette mobilisation témoignent des difficultés à s’opposer à l’enfermement des étrangers en Europe. La situation dans laquelle sont placées les personnes en centre fermé est telle que la contestation s’avère presque inenvisageable.
La mobilisation du 9 juillet est lancée par Amal, dont le compagnon s’est fait embarquer par la police un beau matin de juin 2015, sous les yeux de ses enfants pour être placé en centre fermé. Il a été libéré depuis et le couple s’est marié récemment. Si leur séparation forcée s’est soldée par des retrouvailles, beaucoup d’autres couples sont toujours maintenus à distance. Amal raconte justement qu’elle ne voyait que des couples au parloir, lorsqu’elle rendait visite à son futur mari au 127 bis. Elle dit avoir réalisé à ce moment-là « qu’il fallait faire quelque chose » et ce à juste titre. La plupart de ces hommes séparés de leurs compagnes, s’ils n’ont pas de titre de séjour régulier, résident depuis un certain nombre d’années en Belgique. Avant d’être incarcérés au 127 bis, ils exerçaient une activité professionnelle. L’un était coiffeur, l’autre cuisinier. Mais au regard des autorités belges, le fait d’être installé en Belgique ne constitue pas un argument suffisant pour avoir le droit d’y séjourner. A ce titre, un homme est sommé de quitter le territoire alors qu’il s’est marié civilement en Belgique et que son épouse possède un permis de séjour permanent. L’administration statue sur ce cas en stipulant que l’éloignement des deux conjoints « n’est pas une exigence disproportionnée par rapport au droit à la vie privée et familiale1 étant donné qu’il n’implique pas une rupture des relations familiales ».

Lire la suite sur le site Médiapart

Déc 112014
 
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Les couples franco-étrangers ne sont pas les seuls à subir les multiples obstacles de l’administration.  Ailleurs en Europe,  les politiques migratoires visent aussi les familles binationales. Nous  relayons aujourd’hui le témoignage de Gloria, belge et amoureuse :

« Elyes et moi nous sommes rencontrés en mai 2012 alors que j’étais en vacances en Tunisie avec mon fils.  Cela n’a pas été du tout un coup de foudre, ça c’est fait avec le temps ! Nous nous sommes adressé la parole car le premier soir à l’hôtel mon fils a traversé le hall d’entrée et lui à donner des coups de pied … Je me suis donc précipitée pour le gronder et m’excuser, c’était notre premier contact. Les jours qui ont suivi mon fils n’a fait que le suivre partout.  Je le mettais au mini-club et dès qu’en je revenais on me disait qu’il se promenait avec Elyes. A la moitié du séjour, nous mangions ensemble les midis, et tous les soirs mon fils montait sur scène avec lui.  Alors le dernier jour sur place le petit a fait une photo avec lui et j’ai proposé de lui donner mon facebook pour que nous gardions le contact.
En fait, Elyes a perdu mon facebook et jusqu’en octobre 2012 on n’avait aucun contact mais en octobre quelqu’un qui était en vacances là-bas en même temps que nous nous a identifié sur une photo ainsi qu’Elyes et donc on s’est « retrouvé ».
A ce moment-là j’étais en pleine procédure de divorce et lui était en couple mais ça battait de l’aile. En fait, dès qu’on s’est retrouvé en octobre on ne s’est plus quitté.  On adorait parler ensemble, on se parlait tous les jours sans exception, de nos petits soucis, de mon fils, du boulot bref de tout.
En décembre, je devais partir en Egypte pour une formation et mon avion faisait escale à Tunis à l’aller comme au retour.  Cela a été l’occasion de se revoir avec Elyes, pour un thé à l’aller et pour un repas du soir et une ballade au retour. Et là ben ça commençait à être plus que de l’amitié, les regards échangés en disaient longs.
Mais c’est seulement en mai 2013 quand je suis retournée en vacances que nous avons échangés notre premier baiser. En juin, j’y suis retournée de nouveau et j’ai fais plus ample connaissance avec sa famille.
Et j’ai enchaîné les voyages comme ça.
En mai 2014 nous nous connaissions depuis deux ans et donc nous avons décidé d’essayer d’obtenir le visa de cohabitation*.  Nous répondions à toutes les conditions demandées: revenus, deux ans qu’on se connaissait, logement suffisant, preuves de nos conversations facebook, skype et notes de téléphone…  Passons les insultes, les menaces et même le fait que notre dossier ait été jeté par la fenêtre à l’ambassade de Belgique.
En juillet la décision est tombée : refus de visa.  Les motifs invoqués étaient les suivants : les billets d’avion sont uniquement au nom de Madame, il n’y a pas de date sur les photos.
Je n’en revenais pas ! Et les associations qui s’étaient occupé de notre dossier non plus, pour eux c’était le dossier parfait par excellence, rien ne manquait. Les associations nous ont déconseillé de faire appel à cause des délais trop longs pour l’obtention d’une réponse.
Nous avons donc attendu, réfléchi et en septembre nous avons décidé de nous marier.  Pour cela nous devons obtenir le Certificat de non empêchement au mariage. Nous avons donc pris rendez-vous à l’ambassade.  Nous avons eu rendez-vous fin octobre.  La première chose que l’ambassade nous a dit c’est qu’elle ne délivrait pas ce certificat mais que c’était le Procureur du roi de ma ville qui déciderait si oui ou non il me le délivrerait.  Cet argument est faux bien sûr puisque seuls les dossiers suspects doivent être transmis au Procureur et que l’ambassade m’a fait signer le document transmettant notre dossier avant même de commencer notre entretien.
Aujourd’hui nous attendons une réponse, le dossier a mis un mois pour arriver de l’ambassade à la Belgique mais nous avons enfin un numéro de dossier.  Nous sommes censé avoir une réponse pour fin janvier au plus tard sauf si nous recevons un courrier du Procureur nous disant qu’il prolonge le délai. Il a le droit de prolonger une fois de deux mois.
On espère donc mais nous savons que même marié le combat ne sera pas gagné car après il faudra faire face à la demande de visa.  J’imagine déjà les arguments dénués de sens qu’ils vont trouver pour refuser … »

 

* attention, les procédures évoquées ici sont celles qui s’appliquent aux Belges qui souhaitent se marier à l’étranger.

 Publié par le 11 décembre 2014
Fév 012014
 
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En Belgique aussi, les couples binationaux sont confrontés aux difficultés administratives et à la suspicion : voici l'histoire de Christelle et Jean-Jacques, qui viennent de lancer une pétition de soutien pour que soit reconnu leur droit de vivre ensemble :
 
 
Je me nomme Christelle et je suis de nationalité camerounaise. J'ai 30 ans et je suis étudiante en Linguistique Appliquée à l'université ukrainienne d'Alfred Nobel.
 
C'est en 2007 au Cameroun que j'ai fait la connaissance de celui qui deviendra mon mari : Jean-Jacques, de nationalité belge. 
C'était en Février 2007 par la magie d'internet et grâce à un ami à lui : Frantz. Rien n'est allé du premier coup, nous avons appris à nous connaître pendant les 4 ans qui ont suivi et ce au travers lettres, d'appels téléphoniques, d'appels vidéo, de mails….Nous avons épuisé tous les moyens de communications possibles à l'époque. Plusieurs fois je l'avoue, il a demandé à me rejoindre au Cameroun et j'ai dis non. J'étais à une période de ma vie où j'étais embourbée dans des problèmes familiaux à l'africaine. Que ne faut-il pas faire pour préserver la personne qu'on aime ! Même si cela inclus de prendre les mauvaises décisions, c'est ce que j'ai fais.
Nous avons vécu 4 ans à distance l'un de l'autre et en 2011, nous avons décidé de nous retrouver en Ukraine, pays neutre.
 
Ma famille a décidé de me laisser enfin vivre ma vie de femme comme je l'entendais et m'a financé mon voyage et mon séjour en Ukraine pendant 1 an. 
Jean Jacques n'as jamais eu à rien dépenser pour moi, mais m'a offert une bague de fiançailles quelques mois avant mon voyage, en Recommandé. 
Nous nous sommes enfin retrouvés en Décembre 2011, un mois après mon arrivée. Notre premier Noël ensemble, pendant lequel nous avons décidé de concrétiser notre union, de la rendre officielle. 
 
Jean Jacques est rentré en Belgique le 09 Janvier 2012 et dès lors,nous nous sommes lancés dans les démarches administratives en vue de notre mariage. Cela a duré 6 mois. Nous avons complaît aux conditions qu'un mariage de personnes n'ayant pas la même nationalité et qui s'unissent dans un pays qui n'est pas le leur exige.
 
Le 06 Juin 2012, nous avons célébré notre mariage en présence d'un officier d'état-civil ukrainien affilié au Ministère de la Justice, d'une interprète, de deux témoins et d'un photographe. L’Acte de Mariage nous a été remis et nous l'avons fait légaliser par le Ministère des Affaires Étrangères d'Ukraine. Il a été spécifié à mon époux de déposer ensuite cet Acte à la mairie de sa commune de résidence pour qu'il soit retranscrit dans le registre d'état-civil. Sitôt dit, sitôt fait. 
Nous avions la reconnaissance de la légitimité de notre couple et l'espoir de voir les choses se régler au plus vite. 
 
l'Acte de mariage bien qu'étant reconnu par la commune a essuyé un refus de transcription. Les raisons invoquées ? : 
 
– Rencontre sur internet (qui n'en fait pas de nos jours????)
 
– Trop grande différence d'age entre les époux (27 ans….. Allez dire çà à Hugh Hefner 96 ans,concepteur du magazine Playboy,qui vient de se fiancer à une midinette de 26 ans)
 
 – Pas «assez» de personnes au mariage (y a t-il une loi qui spécifie le nombre d'invités à un mariage pour que celui-ci soit reconnu comme tel ?)
 
Nous avons tout de suite fait appel de cette décision. C'était il y a 1 an et nous attendons toujours le verdict…Un comble !!!
 
Entre-temps et fatigués d'attendre une décision de Justice qui n'arrivait toujours pas,nous avons fait une demande de Visa en Novembre 2012. Rebelote, une attente de 6 mois pour un refus net et SANS AUCUNE EXPLICATION. Mon mari et moi étions sur le point de succomber au stress et aux insomnies : Surmenage pour moi et 2 semaines assignée dans ma chambre d'étudiante et pour mon mari, une hospitalisation en urgence, car malaises dus au stress et aux soucis d’après le médecin de famille.
 
Depuis notre mariage, nous nous organisons avec peine, mon mari me retrouvant en Ukraine tous les 3 mois.
 
Nous avons déposé une autre demande de Visa, cette fois-ci touristique en Juillet 2013, le temps de laisser l'écart juridique entre le verdict de la première demande et celle de Juillet se faire. Mon mari a pu juger par lui-même de la courtoisie du personnel de l'ambassade de Belgique en Ukraine, à l'égard des couples demandeurs belgo-étranger. Trois semaines plus tard, notre demande était rejetée avec (miracle!!!) une réponse justificative : Suspicion d'immigration clandestine.
 
Bref, voilà ! Nous croyons en nous, maintenant plus que jamais. Si ce n'était pas le cas, nous aurions tout abandonné il y a des années. Mais tout comme mon mari, j'ai traversé des épreuves dans ma vie, j'ai eu à faire à des personnes qui n'ont eu de cesse de me répéter que je n'arriverais à rien, à des personnes qui ont profité de notre confiance pour se payer notre tête. Mais de chaque expérience et échec, on en ressort toujours grandi. 
Même si nous sommes aujourd'hui obligés de composer avec les préjugés, les injustices sociales et raciales, nous n'abandonnerons pas. Nous réclamons le droit d’être heureux et de vivre comme tout couple normal qui se respecte, de passer nos anniversaires ensemble, les fêtes, agrandir notre petite famille, travailler, VIVRE et ne plus jamais dépendre du bon vouloir des uns et des autres.
 
C'est pour toutes ces raisons, que nous continuons à nous battre, de prétendre au Bonheur sans avoir à s'en justifier à chaque pas.