Juin 242014
 
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Je m’appelle Audrey,  je suis française,  j’ai rencontré Faycal en 2011 dans notre petite ville en France, il est tunisien.
Dès notre rencontre, nous sommes tombé éperduement amoureux l’un de l’autre, l’amour ça ne se contrôle pas et ignore les lois … sauf que …
Cela fait plusieurs mois que nous nous côtoyons, on s’apprivoise tout doucement, étant tous les deux des « écorchés de l’amour », nous prenons notre temps, nous pensons alors que nous en avions la possibilité…Faycal sortait de prison, il était assigné à résidence et voulait se reconstruire, laisser ce sinistre passé derrière lui… A peine 2 jours après sa libération, il avait d’ailleurs trouvé un travail, et signé un CDI 3 mois plus tard. C’est à ce moment là qu’a commencé une bataille administrative, d’un coté pour qu’il puisse voir son fils, et d’un autre coté pour qu’il puisse rester sur le territoire français. Juin 2012, je demande la main de Faycal, il accepte, nous nous rendons en mairie afin de constituer notre dossier. Trois jours plus tard, alors que je suis au travail (je suis travailleuse sociale), j’apprends que Faycal à été placé en garde à vue lors de son passage au commissariat pour signer le registre dans le cadre de son assignation à résidence, comme il faisait chaque jour. Il est ensuite emmené au centre de rétention, ce soir là, on ne m’a même pas laissé l’occasion de lui parler … A 4h du matin, il a été conduit de Lyon jusqu’à Marseille pour être mis sur un bateau, ainsi déposé tel un paquet, battu et ligoté.

Je n’ai pas besoin de vous expliquer à quel point j’ai pu être révoltée, choquée et attristée d’un tel sort.
Depuis ce jour, chaque demande de visa de Faycal est refusée, que ce soit par rapport à son fils, pour lequel il bénéficie d’un droit de visite, ordonné par le juge aux affaires familiales, ou que ce soit pour me rejoindre. Mais notre bataille ne s’arrête pas là, en voici la suite…Nous sommes en août 2012, depuis juin, c’est la 2ème fois que je retrouve mon homme, nous venons de célébrer notre mariage religieux en Tunisie, je reviens en France et je me sens plus seule que jamais … s’en suit un début de dépression, je ne peux plus exercer mon travail, comment s’occuper de son prochain quand il nous manque une part de soi même ?
Je repars aussitôt en Tunisie, auprès de mon homme, et là vient s’ajouter un deuxième choc, je perds ma mère de façon brutale et violente. Autant vous dire que ce fût mon autre pied qui s’enfonça dans la dépression, je me suis faite rapatrier pour assister aux funérailles …Malgré cette ambiance glauque qui ne me lâche pas, mes seules forces sont l’amour de mon homme et de mon fils (issu d’une première union) … nous continuons donc nos démarches, nous n’en démordons pas, nous nous marierons coûte que coûte … S’en suivent les épreuves (que je ne peux nommer démarches tellement c’est fastidieux) pour crier notre droit à l’amour ! après une audition auprès de ma mairie, l’adjointe au maire, ne trouve rien de mieux que de conclure par : « semble être consentante » … ce qui fera douter le consulat français en Tunisie sur nos intentions, et donc conduit jusqu’à la saisine du procureur de la république. J’ai donc été entendue une seconde fois, par la gendarmerie cette fois ci (ce qui confortera mon opinion sur le fait que nous serons toute notre vie des condamnés aux yeux de la loi française). Après l’obtention de mon Certificat de Capacité à Mariage nous nous sommes enfin mariés en juin 2013, et en parallèle je suis tombée enceinte … de ce mariage d’amour est donc née notre petite Jasmine. Autant vous dire que c’est loin d’être évident de mener sa grossesse et son accouchement sans son mari, car malgré notre union, son visa a été encore refusé. Faycal à donc du attendre 3 mois (le temps que je me remette) pour enfin voir sa fille pour la première fois.
Le premier recours que nous avons fait contre le refus de visa à été rejeté, il ne nous reste plus qu’une dernière chance, le tribunal administratif de Nantes… nous sommes tous endettés, oui tous, car ma belle famille aussi à du faire des crédits pour mes allers retour en Tunisie, j’arrive à bout de force et d’espoir pour notre avenir familial, j’ai perdu foi en la justice de ce pays qui m’a bercé.
J’ai passé ma vie à aider les autres, que ce soit sur le plan professionnel et aussi par le bénévolat. Faycal s’est reconstruit à travers notre amour, c’est quelqu’un de bien, il m’aide et me soutient au quotidien, mais cela parait tellement peu, s’il pouvait être à mes cotés. De cette injustice, oui n’ayons pas peur des mots, 3 enfants souffrent, Le sien, qui n’a pas vu son père depuis bientôt 2 ans, le mien qui aime son beau père et ne comprend la situation du haut de ses 8 ans et notre fille, qui doit se construire dans une situation mono-parentale alors qu’elle a un père qui l’aime et qu’elle aime … est ce là normal ? Est-ce donc ce qu’est devenu la France qui prône encore sa devise « liberté, égalité, fraternité » en laissant ses enfants souffrir ? Où est donc le droit à la deuxième chance ? Je m’interroge fortement sur ce pays que j’ai tant chéri, et si ce n’était pas pour mon fils ainé, je l’aurais déjà déserté pour vivre enfin aux cotés de mon mari.
Je témoigne aujourd’hui pour crier haut et fort à l’injustice, à ses multitudes d’erreurs administratives qui bafouent les droits au mariage, aux enfants et donc à l’amour. Je crie haut et fort, pour que cela cesse, et pour que l’on nous tende la main, que l’on nous aide à construire ma famille dans la dignité.

Fév 242014
 
infos breves

 

 

Ivan n’est pas français, mais il a 5 ans et souhaite pouvoir vivre avec sa maman et celui qu’il considère comme son papa.  

Depuis le 19 février 2013 sa maman est mariée avec Monsieur A, de nationalité française, qu’Ivan connaît très bien et appelle « papa ». Monsieur A vit en France, loin de sa femme et de cet enfant qu’il considère comme le sien et dont il s’occupe comme tel. Après s'être soumis à toutes les procédures nécessaires à la reconnaissance de leur mariage sur les registres de l'état civil français, le couple dépose deux demandes de visa auprès du consulat de France, l'un pour la maman, l'autre pour l'enfant.

Le père biologique d’Ivan est extrêmement peu présent dans sa vie, ne lui verse plus de pension alimentaire et a donné son accord au départ de son fils hors d’Ukraine. Or le Consulat de France à Kiev a refusé la délivrance d’un visa pour Ivan.

Ce refus du consulat de délivrer un visa à Ivan alors qu’ils ont autorisé le départ de sa maman pour la France le conduirait à se retrouver seul loin de sa mère et de l’homme qu’il considère lui-même comme son père. Une séparation qui ferait voler en éclat une cellule familiale en violation d’un droit fondamental, protégé par la Constitution française ainsi que la Convention Européenne des droits de l’Homme, pourtant ratifiée par la France il y a plus de cinquante ans.

Qu’en est-il  des intérêts d’un enfant qui devra vivre et grandir sans sa mère et son père de cœur, en violation de la Convention Internationale des droits de l’enfant, elle aussi ratifiée par la France depuis longue date ?

La maman et Monsieur A n’envisagent pas un seul instant de laisser Ivan en Ukraine d’autant plus qu’ils rentreraient alors dans une toute autre procédure, celle du regroupement familiale qui l’obligerait à attendre au moins 18 moins pour entreprendre des démarches, laissant de ce fait Ivan seul en Ukraine pendant ce temps.

Le couple vient de saisir la Commission de Recours contre les Refus de Visas et se prépare à saisir le Tribunal Administratif de Nantes.