Juin 252013
 
saphir news
La France est un territoire où vit une population multiculturelle. Dans ce contexte, l’Institut national d’études démographiques (INED) a voulu en savoir plus sur la manière dont les immigrés et les descendants d’immigrés se mettent en couple. Les résultats, dévoilés début 2013, montrent la multiplicité des situations. Souvent déjà en couple à leur arrivée en France, une bonne partie des immigrés comme leur enfants forment des couples mixtes dans l’Hexagone, qui est l’un des pays européens où l’on dénombre le plus de mariages mixtes.
 
« Rencontrer son conjoint dans un espace multiculturel et international », tel est le titre de l’enquête de l’Institut national d’études démographiques (INED), publiée en janvier 2013, visant à décrypter les modes de rencontres des immigrés et descendants d’immigrés vivant en France. 





L’étude, réalisée par une équipe de chercheurs (Christelle Hamel, Bertrand Lhommeau, Ariane Pailhe et Emmanuelle Santelli) est riche en enseignements. Elle se fonde sur les résultats de l’enquête « Trajectoires et origines, enquête sur la diversité des populations en France » (TeO) réalisée entre septembre 2008 et février 2009 par les enquêteurs de l’INSEE.

 

Plus de mariages directs chez les immigrés de culture musulmane

Dans leur étude, les chercheurs distinguent le mariage direct sans concubinage, une vie en concubinage suivi d’un mariage et un concubinage seul. 





Constat : les immigrés sont beaucoup plus nombreux à faire le premier choix. Ainsi, « les hommes immigrés (81 %) dont l’union au moment de l’enquête s’est formée avant la migration ont majoritairement connu un mariage direct » contre « 35 % des hommes de la population majoritaire »





« Les originaires des pays du Maghreb et de Turquie déjà en couple lors de leur migration ont tous officialisé leur relation par un mariage (…) ce dernier prenant une forme « directe » dans la quasi-totalité des cas. L’importance du mariage, et en particulier du mariage direct, est également considérable pour les migrants originaires d’Afrique sahélienne, d’Asie du Sud-Est et du Portugal », à l’inverse des personnes originaires d’Afrique centrale ou guinéenne et des pays de l’UE à 27 (hors Europe du Sud), précise l’INED. 





Les préceptes religieux et le poids des traditions expliquent visiblement ces chiffres notamment, chez les migrants musulmans ou de culture musulmane venant du Maghreb et de l’Afrique sahélienne. 





Il existe une autre différence entre les immigrés et la population majoritaire française. Alors que chez ces derniers, les rencontres amoureuses au sein du « cercle relationnel de la famille parentale ne concernent qu’à peine 10 % des personnes », chez les immigrés « qui ont rencontré leur conjoint avant de migrer, le cercle relationnel des parents est le premier environnement de rencontre du conjoint ». C’est tout particulièrement le cas pour les originaires de Turquie, du Maghreb et d’Afrique sahélienne.

 

31 % des immigrés en union mixte

Dans l’ensemble, « la moitié des immigrés de 18 à 60 ans vivant en couple ont un conjoint immigré originaire du même pays. 5 % ont un conjoint immigré venu d’un autre pays mais de la même grande zone géographique et 3 % ont un conjoint immigré d’une autre région du monde. Enfin, 31 % ont un conjoint parmi les personnes de la population majoritaire », écrit l’INED, qui s’attarde sur ces couples mixtes





« Sont conçues comme mixtes les unions entre une personne immigrée et une personne de la population majoritaire ou originaire d’une autre grande zone géographique (de fait essentiellement des personnes de l’UE à 27). Les unions avec un fils ou une fille d’immigrés de même origine sont exclues de l’analyse, dans la mesure où elles relèvent de logiques sociales différentes », précise ainsi l’Institut. 





« Pour les hommes et les femmes immigrées, un niveau de qualification élevé augmente les chances de former une union mixte », note le rapport. Toutefois, alors que « la mixité des unions est plus fréquente pour les femmes qui ont migré plus âgées », c’est l’inverse pour les hommes arrivés après l’âge de 25 ans en France. 





Par ailleurs, la religion a son influence « sur la destinée conjugale ». D’une part, « l’importance de la religion dans l’éducation familiale tend à augmenter les unions au sein d’une même origine » et, « d’autre part, les confessions minoritaires sont un facteur qui freine la mixité des unions ». « Les individus évitent ainsi d’avoir à gérer les inévitables divergences que cela engendre dans un couple », expliquent les chercheurs. En outre, la probabilité de former une union mixte augmente si les immigrés – et leurs descendants – sont peu nombreux dans cette zone.

 

71 % des enfants d’immigrés en couple avec une personne d’une autre origine

Le rapport de l’INED a également pour mérite de nous proposer un regard sur les comportements conjugaux des descendants d’immigrés. « Pour eux, l’union avec une personne de la population majoritaire comporte peu, voire pas du tout de distance culturelle. Réciproquement, une union avec un immigré originaire du même pays que leurs parents comporte une certaine distance culturelle car, en dépit d’une origine commune, les écarts peuvent être importants concernant les valeurs prévalant dans le pays du conjoint où les enfants d’immigrés nés en France sont à juste titre perçus comme des Français et non comme des "vrais" Algériens, Marocains, Maliens, etc. », constate d’emblée les chercheurs. 





« En revanche, le choix d’un conjoint lui-même descendant d’immigré comporte une forte proximité d’expérience : celui d’une histoire familiale marquée par la migration, par la diversité des référents culturels, et par une proximité de lieu de vie », ajoutent-ils. 





Résultats : « En additionnant les situations de couple où le conjoint est issu de la population majoritaire et celles où le conjoint est immigré ou descendant d’immigré d’un continent différent de celui des parents de l’enquêté, ce sont 71 % des descendants d’immigrés qui vivent en couple avec un conjoint qui n’a pas d’ascendance commune à celle de leur parent. » Les deux tiers des filles et fils d’immigrés se mettent en couple avec une personne de la population majoritaire. 





La très grande majorité (90 %) a rencontré son conjoint dans l’Hexagone. Ces rencontres se font en premier lieu dans la sphère amicale, public ou au travail, ou sur le lieu d’études. Toutefois, « pour les descendants d’immigrés maghrébins ou d’Afrique sahélienne, l’univers familial est davantage mobilisé »que chez les Français dits de souche. Par ailleurs, comme les immigrés, les descendants d’immigrés et plus particulièrement les femmes originaires de Turquie, d’Afrique sahélienne et du Maghreb ont souvent contracté un mariage direct car elles restent attachées à cette valeur





Toutefois, seuls 15 % de l’ensemble des enfants d’immigrés ont pour conjoint un immigré de la même provenance que leurs parents. Un chiffre qui augmente pour ceux qui ont deux parents immigrés. En effet, « les circonstances initiales de la migration des parents ont une influence sur l’histoire matrimoniale de la génération suivante », analysent les chercheurs. 





« Si les parents sont arrivés en étant déjà en couple, leurs enfants auront plus de chance d’apprendre leur langue, de côtoyer le pays d’origine et de rencontrer une fois adulte un conjoint de ce pays, que les personnes dont les parents sont arrivés en étant de jeunes adultes célibataires, surtout si ceux-ci sont venus en France pour faire des études, et ont eux-mêmes formé un couple mixte », expliquent-ils. 





L’histoire personnelle et l’univers dans lequel baigne chaque individu a un impact sur sa vie de couple futur. En France, où des personnes de multiples origines se côtoient, la formation de couples mixtes est largement favorisée.
 
Rédigé par Maria Magassa-Konaté | Jeudi 30 Mai 2013




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 Publié par le 25 juin 2013

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